"Le triomphe du pouvoir de la musique qui peut être la première guérison de l'âme".
Raphaël PICHON
L'Ensemble Vocal Renaissance et L'Ensemble Vocal Impressions dirigés par Emmanuelle Pascal-Falala ont donné trois concerts au mois de Mai trois concerts respectivement à Liverpool, Deauville et Le Havre, accompagnés par le Wirral Symphonie Orchestra de Liverpool dirigé par Jonathan Small. Le chœur Rouen Normandie de Hervé Challois a également participé à ces concerts exceptionnels.
Au programme :
Heinrich Biber : Sonata Sancti Polycarpi pour huit trompettes, orchestre à cordes et timbales.
Giuseppe Verdi : Messa da Requiem.
Solistes : Barbara Ruzsics, soprano
Anne-Claire Tilly, mezzo-soprano
Pascal Bourgeois, ténor
Chae-Wook Lim, basse
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Heinrich Biber,
violoniste célèbre, était compositeur
à la cour auprès du Prince-Evêque d’Olmutz (Olomouc). La cour
disposait d’un excellent corps de trompettistes, engagés pour se produire
en de nombreuses
occasions à la cour et à l’église, et pour lequel Biber composa de nombreuses
sonates dans diverses combinaisons.
Les instruments de l’époque étant
des trompettes naturelles,
la tonalité de la pièce reste identique. Le talent de Biber réside ici
dans la manière dont il fait varier la texture et la complexité de la musique,
tirant le meilleur parti de la disposition en antiphonie des solistes et
faisant intervenir différentes paires et combinaisons de trompettes. La musique
se déroule en plusieurs mouvements distincts mais liés entre eux, commençant
avec seulement deux solistes, jusqu’aux dernières phases où les huit trompettes
retentissent dans toute
leur splendeur.
Ce titre intrigant fait référence au Père de l’Église et martyr Polycarpe
(70-156 apr. J.-C.), évêque de Smyrne, mais aussi à un neveu de l’archevêque de
Salzbourg, Polykarp von Khüenberg, et l’œuvre a très probablement été jouée
lors de son intronisation à
l’une de ses fonctions ecclésiastiques.
Je remercie Ian Stephens d’avoir créé l’accompagnement pour cordes
d’aujourd’hui. La partie de timbales est d’origine. L’œuvre de Biber semblait tout indiquée pour annoncer en
fanfare le Requiem de Verdi, qui requiert lui aussi, un bref instant comme on
le sait, huit trompettes.
Jonathan
Small
GIUSEPPE VERDI
(1813 – 1901)
Profondément bouleversé par la mort, le 22 mai
1873, de son ami le grand poète, écrivain dramaturge Alessandro Manzoni,
considéré comme le Victor Hugo italien et dont il admire le génie et
l’élévation morale, Verdi n’a pas le cœur d’assister
aux funérailles : « Je n’étais pas présent, mais peu de gens
auront été plus tristes et plus émus que moi ». Il propose au maire de
Milan l’exécution d’un requiem lors des cérémonies solennelles qui
commémoreront le premier anniversaire de la mort du poète. La Messa da Requiem sera exécutée pour la première fois le 22 mai
1874 à l’Eglise San Marco de Milan.
Verdi, s’il n’a pas foi en Dieu
mais foi en l’Homme, foi en la Musique et foi dans les forces de l’Esprit, a
composé un opéra religieux, plus qu’une messe pour le repos de l’âme, donnant une vision romantique de la mort
où le grandiose ne prend jamais le pas sur
la spiritualité. Un « drame sacré » écrit, non pas pour
les morts ou pour Dieu, mais pour les vivants. Une œuvre profondément humaine.
L’œuvre s’ouvre par l’Introït (Requiem
et Kyrie) « Seigneur, donnez-leur le repos éternel »,
supplication murmurée en attente de la
résurrection par le chœur, amplifiée
par l’élan lyrique des solistes avant de s’achever dans un profond
recueillement.
Quatre violents accords suivis de gammes descendantes effrayantes
marquent brutalement le début du Dies Irae (« Jour de colère que ce jour-là »), longue séquence constituée de dix
sections enchaînées. Cette
explosion de violence dramatique quasi théâtrale exprime un véritable cri
d’effroi de toute l’humanité face à la fin des temps. La peur se transforme en un
chuchotement effrayant avant l’appel des
trompettes qui annoncent le Jugement dernier dans le Tuba Mirum. Une marche funèbre ponctue le Mors
stupebit chanté par la basse, suivie de l’annonce glacée, par la
voix de mezzo, du Liber scriptus. Une humble plainte,
chantée par un trio de solistes, s’élève ensuite dans le Quid sum miser.
Après le puissant Rex Tremendae
(« Ô Roi,
dont la majesté est redoutable…, source de miséricorde, sauvez-moi »), le Requiem n’est plus qu’un cri d’allégresse et d’espoir en la résurrection.
Dans le
Recordare les deux solistes féminines mêlent leurs voix dans une douce berceuse empreinte d’une émotion
poignante : « Accordez- moi le pardon avant le Jugement ».
Les deux sections, Ingemisco (« Je gémis comme un coupable ») chantée par le Ténor et le « Confutatis »
(« Lorsque
les maudits auront été confondus ») chantée par la
Basse, sont le cœur et la clé de voûte du Requiem : l’homme qui souffre se
reconnait pécheur mais rappelle à Jésus qu’il a pardonné à Marie-Madeleine.
Un déchirant Lacrymosa (« Jour de larmes que ce jour-là,… Donnez-leur le repos ») réunissant les quatre solistes et le chœur clôture, dans
la paix, la séquence du Dies Irae.
Construit
en forme d’arche, l’Offertoire
est une vaste
pièce confiée aux solistes et à l’orchestre qui expriment une prière pleine de
confiance. Lui succède la fugue
virtuose et majestueuse du Sanctus, chantée en double chœur. L’imploration
délicate de l’Agnus Dei est présentée sous la forme d’un dialogue
entre le chœur et les solistes féminines autour d’une ligne mélodique ornée à
la manière d’un chant grégorien.
Après la douceur angélique et céleste de la
supplication du Lux æterna
pour le repos éternel des défunts, l’œuvre s’achève par le
Libera me (« Délivrez-moi, Seigneur, de la mort éternelle ») : point culminant de
l’œuvre, exaltation finale
qui réconcilie la peur de la colère de Dieu et l’espoir du salut éternel. Une
conclusion grandiose, tour à tour saisissante, tendre parfois,
majestueuse et solennelle. Elle témoigne de la
foi profonde de Verdi en l’homme : « Délivre-moi ! » La libération de la mort et donc de
l’injustice, était vraiment au cœur de ses préoccupations.
Qui
mieux que Verdi, au travers de la Messa
da Requiem, illustre la définition de la musique du grand chef d’orchestre
italien, Riccardo Muti : « La
musique est un moyen d’élévation capable de conduire à la beauté et à
l’harmonie » ?
Emmanuelle Pascal-Falala et Rémy Lauprêtre
"Celui qui chante, prie deux fois".
Saint AUGUSTIN



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