lundi 6 juillet 2020

JACQUES JULLIARD : La crise de la conscience républicaine






"L'homme de caractère confère à l'action sa noblesse; sans lui morne tâche d'esclave, grâce à lui jeu divin du héros".

                         Charles de GAULLE


            Formidable réflexion une fois encore de Jacques Julliard ce matin. Avec une hauteur de vue et une lucidité sans égales l'historien essayiste analyse sans complaisance la faillite de l'Etat et comment notre Patrie agonise sous nos yeux. 


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Réf. : Le Figaro 6 juillet 2020

Jacques Julliard: «La crise de la conscience républicaine»



                   "Certes, oxn nous avait bien promis qu’après la crise du coronavirus rien ne serait comme avant. Mais on ne nous avait pas dit que tout désormais serait pire.

            Une France aux abois
                       Par quoi commencer? Par le plus imprévisible, le plus baroque, par cet antiracisme racialo-mondain, bien plus virulent, bien plus absurde que naguère les «gilets jaunes». Avec pour escorte les milieux du show-biz, plus hypocrites, plus pharisiens, plus opportunistes encore que jadis ; et aussi les «intellectuels de gauche» plus suivistes, plus chiens couchants qu’à l’époque stalinienne, et je sais l’énormité de ce que j’avance!

                      Viennent ensuite les politiques qui, une fois de plus, n’ont rien appris ni rien oublié, avec à l’extrême gauche un François Ruffin pire que Mélenchon, à droite un Jacob pire que Jacob, et entre les deux un Parti socialiste égal à lui-même dans l’insignifiance. J’allais oublier les favoris de l’heure, ces grands benêts d’écolos, qui pour la plupart chantent à pleine voix la bonté d’une nature que le coronavirus a révélée dans sa cruauté extrême: you kaïdi, you kaïda!
                      Pour suivre, une télévision d’État qui bat des records, non de désinformation, mais d’information, à l’exception du tourisme et de la cuisine au beurre: liberté, égalité, camping!

La crise du coronavirus a révélé au grand jour la faillite de l’État

                      Et un gouvernement qui feint de commander aux événements comme Jean-Christophe commandait aux nuages: dans le sens où ils vont tout seuls. Avec pour perspective économique une récession sans précédent depuis près d’un siècle et son cortège de faillites et de chômage. Et encore, en arrière-fond, la petite musique en sourdine de la CGT: travailler moins pour gagner plus!
                       Pour couronner le tout, la crise du coronavirus a révélé au grand jour la faillite de l’État. Cet État dans lequel chacun feint de voir la solution, alors qu’il est en réalité une partie du problème. Incapable d’assumer correctement ses fonctions régaliennes, police, justice, défense. Comme responsable de l’éducation de la nation, et notamment de sa jeunesse, sa carence, connue depuis longtemps est aujourd’hui éclatante. Pendant trois mois on l’a vu tâtonnant, titubant, incapable d’imposer son autorité à ses fonctionnaires, il a laissé à chacun, juge, instituteur ou postier le soin de décider s’il allait ou non remplir ses obligations de service.

              Une crise de la conscience collective

                        Au total, ce qui a éclaté au grand jour, avec la pandémie comme révélatrice, c’est la crise de la conscience républicaine qui couvait depuis longtemps. Historiquement, la République avait exprimé la volonté des Français de se constituer en nation, avec ce que cela suppose de droits acquis, mais aussi d’obligations assumées. La guerre de 14-18 avec son million quatre cent mille morts et leurs monuments jusque dans nos plus petits villages, sont là pour le rappeler. La République était un contrat synallagmatique (contrat qui comporte des obligations pour les deux parties) entre les Français et leur régime, où chacun se reconnaissait des droits sur l’autre. La crise sanitaire a révélé l’inverse: pour les Français l’État républicain n’est plus rien d’autre que le régime où la conservation de chaque individu est devenue la valeur suprême ; c’est d’elle et d’elle seule qu’il tire sa légitimité.
                           On voit désormais des citoyens intenter des procès à leur État pour avoir failli à cette mission. L’idolâtrie de la vie, selon l’expression saisissante d’Olivier Rey (Gallimard, «Tracts», no 15), est devenue la passion dévorante à quoi toute valeur collective doit être sacrifiée «quoi qu’il en coûte» (Emmanuel Macron). La Patrie, cette «entité transcendant les existences individuelles pour laquelle les hommes avaient accepté de risquer leur vie», cette patrie, à la fois tutélaire et dévoratrice, agonise sous nos yeux. Existe-t-il encore des institutions, des idées, des personnes pour lesquelles nos contemporains accepteraient de sacrifier leur vie? Rien n’est moins sûr.

La France n’en finira avec ces pulsions « séparatistes  » qu’en se rapprochant de l’idéal qui la fonde

                        La conscience républicaine était universaliste, quitte à trahir ce noble idéal dans la politique quotidienne. L’exemple le plus frappant, c’est l’idée coloniale, qui avait dans les principes pour objet de faire du colonisé un égal. À cela près que, dans la pratique, c’est le contraire qui se produisait, de sorte que l’anticolonialisme rétrospectif qui se développe aujourd’hui à la façon d’un boomerang, peut à bon droit invoquer nos propres principes pour nous demander des comptes. Il en va de même de la plupart des mouvements communautaires, comme le féminisme. La France n’en finira avec ces pulsions «séparatistes» (Emmanuel Macron) qu’en se rapprochant de l’idéal qui la fonde.
                         D’autre part, l’universalisme républicain, qui avait un sens aussi longtemps que la France était l’une des deux ou trois grandes puissances mondiales, paraît aujourd’hui dérisoire et quelque peu déclamatoire, alors que dans tous les domaines, y compris celui de la langue française, nous ne cessons de régresser dans les classements mondiaux. La France n’est plus, décidément, la «grande nation», l’expression fait sourire jusqu’aux plus indulgents de nos amis.

                  Des raisons d’espérer

                          Est-ce là tout, et faut-il en conclure que le bilan de cette épreuve de vérité est tout entier négatif? - Non! et cela pour deux raisons principales. La première, c’est que l’expérience a servi, et que les erreurs commises, notamment par le système bancaire, lors de la crise de 2008, ont été évitées. Loin de se recroqueviller, l’État, au cœur de la crise, n’a songé qu’à la relance, comme en témoigne son intervention exceptionnelle pour compenser les pertes de salaires et aujourd’hui pour éviter les faillites à de très nombreuses entreprises. Plus keynésien que Macron, tu meurs, et le nouveau premier ministre, Jean Castex, a annoncé vouloir donner la priorité à la relance. La faiblesse de notre industrie était devenue telle que l’effort consenti, si grande qu’en soit l’ampleur, ne suffira pas à amortir le choc. Mais la direction est la bonne.
                        L’autre bonne nouvelle, c’est que l’Europe a tenu. Tant de fées Carabosse entouraient son berceau en ricanant et se frottant les mains! Les voilà qui, dépitées, tournent le dos, pour se réfugier dans un souverainisme aussi néfaste qu’obsolète. Il a beau remplir les airs de sons retentissants, le souverainisme est un clairon qui ne sonne que la retraite. Grâces soient rendues à Angela Merkel, qui a, une fois de plus, surpris tout son monde en acceptant les propositions d’Emmanuel Macron qu’elle avait si longtemps repoussées. Quand elles seront adoptées par tous les États membres, elles permettront à l’Europe d’emprunter en son nom propre pour aider à la relance des pays les plus en difficulté. La chancelière, en grande dame d’État, n’a pas hésité dans la tourmente à renverser l’échiquier. Malgré mon admiration, je l’avais sous-estimée. Il y a du bonheur à reconnaître que l’on s’est trompé de cette manière. Et puisque l’humeur du moment est à déboulonner toutes les statues encore debout, il y aura de la place pour en élever une à Angela Merkel.

Dans un monde en proie aux passions nationalistes et populistes, l’Europe est la seule puissance d’équilibre, la seule puissance de paix

                     Car la conscience républicaine dont j’ai parlé plus haut a besoin pour conserver son sens de se déployer dans un espace politique plus large que le cadre national. Croyons-en l’homme qui mieux que tout autre a décrit et même chanté la nation française, Ernest Renan. Il n’en affirme pas moins que le principe des nationalités n’est pas de nature à délivrer l’espèce humaine du fléau de la guerre, et d’ajouter: «La grandeur intellectuelle et morale de l’Europe repose sur une triple alliance entre la France, l’Allemagne et l’Angleterre» (La Guerre entre la France et l’Allemagne, 15 septembre 1870). Il est certes dommage que le Royaume-Uni ait, comme dit l’expression «filé à l’anglaise». Ce faisant, il a commis une erreur historique, qui ne remet nullement en cause, bien au contraire, le concept européen. Non au concept maurrassien de la «France seule» ; et bienvenue à une Europe allégée de la tutelle américaine et de la mauvaise volonté anglaise, mais revivifiée par le couple franco-allemand! Désormais, le patriotisme français et l’idée européenne peuvent marcher d’un même pas.
                           Il y a une raison supplémentaire, mais devenue urgente, pour renforcer la relation franco-allemande, irremplaçable noyau de toute puissance européenne présente et à venir, c’est que dans le monde d’aujourd’hui la liberté va mal, la démocratie va très mal, et la guerre est de nouveau possible. Considérez les grandes puissances actuelles, la Chine, en passe de devenir la première, ne cache plus du tout son esprit impérialiste. Voyez la semaine dernière le cynique Anschluss de Hongkong ; les États-Unis, dont l’unité est désormais menacée, et qui sont exposés dans la décennie à venir à une secousse majeure, tant on les voit se désintégrer sous nos yeux, ont renoncé depuis longtemps à être les gardiens de la paix du monde moderne. Quant à Poutine, qui est un mélange de Catherine II et de Staline, qui aujourd’hui aurait l’imprudence de compter sur lui ou de prévoir son évolution? La conclusion est simple: dans un monde en proie aux passions nationalistes et populistes, l’Europe est la seule puissance d’équilibre, la seule puissance de paix, à condition qu’elle accepte d’être une puissance et d’en assumer les responsabilités.

              La France est à la croisée des chemins

                         Ou bien, cédant à la facilité, avec la complicité de tous les partis, de tous les corps constitués, mais aussi de tout le bon peuple, elle aura pour ultime ambition de devenir, à l’ombre de ses monuments historiques, quelque chose comme une grande Suisse pieusement écolo en marge de l’Histoire: soleil, tourisme et pourboires. Ou bien elle continuera contre vents et marées à se penser comme un destin. Ce n’est pas facile, un destin, surtout avant.
                        La pensée d’un grand peuple, disait Bernanos, n’est pas la somme des opinions contradictoires de ses intellectuels, au hasard de leurs humeurs. «La pensée d’un grand peuple, c’est sa vocation historique» (La Liberté pour quoi faire?). Elle ne se confond avec aucune autre. Il rejoignait ainsi Michelet qui voyait dans les nations «des universaux, une sorte de moyen terme entre la vie vraie de l’individu et la vie vraie du genre humain» (Journal, 7 juin 1842). La vocation historique de la France, je l’ai dit, c’est l’universalisme. Il n’a de sens que si elle prend les moyens de continuer d’exister à l’échelle planétaire.

                Le sursaut plutôt que le camping

                      Qu’on n’attende pas ici un programme. Je n’en ai ni la place, ni les moyens, ni l’envie. Vit-on jamais d’ailleurs l’entreprise d’invention ou de réinvention de la France reposer sur un programme? Vit-on jamais Jeanne d’Arc, Louis XI, Henri IV, Louis XIV, Danton, Bonaparte, Clemenceau, de Gaulle en porteurs de pancartes? De programme, nulle trace. Mais un projet: l’unité et la puissance française. Je me permets, à titre conservatoire, d’en énumérer les modalités.
                     D’une part, il faut que la France redevienne une République. C’est-à-dire un lieu sûr pour ses citoyens, égaux en droits et en devoirs. Il est intolérable que la police ait recours à la violence. Il est non moins intolérable qu’on ait recours à la violence contre la police. À l’État de protéger ses citoyens et ses agents.
                    Il faut en outre que l’École redevienne, non un champ d’expérimentation pour pédagogistes en folie, mais le creuset de la nation: Jean-Michel Blanquer l’a compris et a beaucoup fait pour redonner à l’École sa dignité. Mais quel chantier! D’autre part, il faut que la France redevienne une puissance. Chevènement et Montebourg avaient raison. Les mondialisateurs se sont conduits comme des bradeurs. La réindustrialisation est la condition de la préservation et de la prospérité du pays, de son niveau de vie, de son emploi.

Il faut que la France redevienne une espérance

                      C’est aussi la condition d’un partenariat efficace avec l’Allemagne. Aussi longtemps que la France continuera de décliner, tandis que l’Allemagne continuera de progresser, ce partenariat sera bancal et inefficace.
                    Pour elle-même, mais aussi, si l’ambition n’est pas démesurée, pour les autres peuples. Le monde est de nouveau entré dans une zone de tempêtes, et l’Europe franco-allemande est aujourd’hui le seul moyen de s’opposer à la folie croissante des impérialismes rivaux. On n’imagine pas le changement que constituerait le brusque surgissement d’une parole européenne à vocation universaliste dans ce monde de barbares.
                   On l’aura compris, je ne suis ni populiste, ni nationaliste, ni souverainiste. Ça non. Mais je suis patriote. Je souhaite de toute mon âme que la crise de la conscience républicaine débouche sur un renouveau de la cohésion et de l’ambition française.
                 Mais comment faire? Ni la droite, ni la gauche, ni le centre ne sont capables, ni du reste désireux, de cette grande révolution patriotique. Le mieux que l’on puisse exiger d’eux, c’est qu’ils ne fassent pas obstacle au renouveau, quand il surviendra.

                 Le chemin qui est esquissé ici n’a au départ pas plus d’une chance sur quatre de s’imposer à une nation pour le moment en plein désarroi. C’est plus que de Gaulle en juin 1940. À un moment, il y faudra une voix, une inspiration. Pour le moment, je ne l’entends pas, non plus que vous d’ailleurs. Il faut bien laisser sa part à la Providence."

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   Des accents gaulliens qui nous font espérer un sursaut qui passera nécessairement par des épreuves douloureuses pour notre pays et le peuple français. En sommes nous encore capables?... 


"Il n'y a qu'une fatalité. Celle des peuples qui n'ont pas assez de force pour se tenir debout et qui se couche pour mourir."

                        Charles de GAULLE






vendredi 12 juin 2020

RACISME : Autant en emporte le vent







   "La honte d'être blanc a supplanté la mauvaise conscience bourgeoise".

                      Alain FINKIELKRAUT

                  
               Alors que notre pays sombre dans un désastre économique et sociétal gravissime, c'est le moment choisi par les bas du front d'un mouvement identitaire protéiforme (Indigènes de la République, groupes islamo-gauchistes et communautaristes, Touche pas à mon pote, etc...etc..) pour insulter la Police française et plus généralement les "blancs", catalogués comme d'odieux racistes.  Effet collatéral prévisible : déboulonnage de statues de personnages historiques et censure d'oeuvres d'art. Ainsi en est-il du magnifique film  "Autant en emporte le vent"  et du formidable roman de Margaret Mitchell qui l'inspire.

               Cette fièvre antiraciste n'est pas nouvelle, ainsi en était-il en 2017. Il est intéressant de relire un article du Figaro qui traitait de ce sujet :


Réf. : Le Figaro 11 juin 2020

Autant en emporte le vieux monde

 La plateforme HBO a retiré «Autant en emporte le vent» de son catalogue, car des activistes reprochent au film de véhiculer des préjugés racistes. En 2017 déjà, alors qu’un cinéma avait déprogrammé le film suite à une polémique similaire, Alexandre Devecchio publiait cette analyse - qui n’a rien perdu de son actualité.

                           "Une fois n'est pas coutume, il faut remercier les petits soldats du multiculturalisme pour leur fureur iconoclaste. En empêchant la projection d'Autant en emporte le vent dans l'Orpheum Theater de Memphis (Tennessee), qui diffusait le film chaque année depuis 34 ans, il donne un bon prétexte à tous les cinéphiles pour s'offrir 3h58 de bonheur en se replongeant dans le chef d'œuvre de David Selznick. Pour peu qu'ils soient munis d'un simple lecteur de DVD, ces derniers pourront éprouver le frisson de la subversion et surtout constater que 78 ans après sa sortie, le film n'a pas pris une ride. Le technicolor, témoin d'une période bénie ou le cinéma n'était pas encore colonisé par le numérique, reste envoûtant. Scarlett O'Hara, incarnée par la sublime Vivien Leigh, la plus belle et irrésistible garce de l'Histoire du cinéma. Et Clark Gable/Rhett Butler, l'acteur le plus élégant et viril de tous les temps, loin devant George Nespresso Clooney.
                            Impossible, cependant, de regarder le film avec le même œil que par le passé? Une question hante désormais le spectateur: «Autant en emporte le vent est-il raciste?». Juger cette œuvre au regard des critères moraux de 2017 apparaît absurde et anachronique. Autant en emporte le vent est sorti en salle en 1939. A l'époque, Martin Luther King chantait avec le chœur de son église à Atlanta pour la première du film! La lutte pour les droits civiques n'était encore qu'un rêve lointain et l'idéologie diversitaire de la science-fiction. A ce compte, il faudrait interdire la moitié de la production cinématographique américaine de l'époque. En premier lieu, les westerns et leur vision mythifiée de l'Ouest où les Indiens, présentés comme des sauvages, ont bien mérité d'être génocidés par les gentils cow-boys. En France, si l'on poursuit selon cette logique, la nouvelle inquisition antiraciste pourrait faire un gigantesque autodafé avec bon nombre de génies de la littérature. L'œuvre de Voltaire brûlée pour «islamophobie», celle de Céline pour antisémitisme. Molière excommunié de nouveau, mais cette fois pour misogynie. Balzac, défenseur autoproclamé du «trône et de l'autel» prohibé pour conservatisme. Pour autant, tenter d'analyser l'idéologie véhiculée par Autant emporte le vent, ce que dit le film le plus vu de tous les temps de son époque et de la nôtre, demeure un exercice passionnant.

                          Le long métrage apparaît bien plus complexe et subtil que nos caricatures actuelles. Même avec un regard contemporain, sourcilleux et vigilant, les accusations de «racisme», d' «apologie de l'esclavage» ou encore d' «ultraconservatisme» se révèlent excessive. S'il faut absolument lui coller une étiquette, le film pourrait être qualifié d'anarchiste-conservateur. A l'origine d'Autant en emporte le vent, il y a le roman culte de Margaret Mitchell, enfant du Sud, fille d'un riche avocat conservateur et d'une militante féministe suffragette. Le véritable auteur du film, dirigé par plusieurs réalisateurs, dont Georges Cukor et Victor Flemming, est David O. Selznick, producteur juif hollywoodien. A l'image de Scarlett O'Hara, écartelée entre l'insipide Ashley Wilkes et le charismatique Rhett Butler, Autant emporte le vent est tout entier tiraillé entre le passé et l'avenir, la Réaction et le Modernité, la terre ocre de Tara et l'Amérique nouvelle de la côté Est. Le couple mythique du film puise sa force dans les valeurs traditionnelles du Sud, mais profondément anticonformiste et avant-gardiste, il brise toutes les convention de son époque. La distance ironique de Rhett Butler à l'égard de la guerre n'est pas seulement dûe a son cynisme, elle exprime son scepticisme vis-à-vis d'un conflit meurtrier qu'il juge inutile et perdu d'avance. Quant à Scarlett O'Hara, son personnage mériterait à lui seul une ou plusieurs thèses sur le féminisme. Femme indépendante et aventurière, elle fascine aussi bien les personnages masculins du film que les spectateurs par sa liberté, son tempérament fougueux, sa fameuse «passion de la vie». Son personnage dessine, malgré tout, un portrait peu flatteur de la femme moderne, monstre d'égoïsme et de narcissisme. Son rapport à l'homme est trouble et violent. Violée par Rhett Butler dans le lit conjugal, Scarlett O'Hara, éternelle insatisfaite, apparaît le lendemain matin comblée comme jamais. Une scène sulfureuse qui serait jugée moralement inacceptable aujourd'hui.
                          De l'esclavage, Autant en emporte le vent donne une vision non pas raciste, mais paternaliste. Ici, les esclaves sont satisfaits de leur sort et attachés à leurs maîtres. A l'image de Mamma, interprétée par Hattie McDaniel, première actrice noire récompensée par l'Oscar pour ce rôle, qui développe une relation quasi filiale avec Scarlett O'Hara. Dans le film, le fouet et l'asservissement total sont éludés. Mais Autant en emporte le vent n'est pas un documentaire. C'est une fresque romanesque avant d'être un film historique ou politique. Il ne s'agit pas tant ici de refaire l'Histoire que d'exalter un imaginaire puissant, celui d'un Sud romantique et disparu. Le film s'ouvre sur ces quelques mots évocateurs: «Il était une fois un pays de coton qu'on appelait le Sud. On y trouvait le meilleur de la galanterie, des chevaliers et des dames, des maîtres et des esclaves. Mais tout ceci n'existe plus qu'en rêve. Le vent a emporté cette civilisation». Autant en emporte le vent, tourné juste après la crise des années 30 et juste avant le début de la Seconde Guerre mondiale décrit avec nostalgie la fin d'un monde fantasmé, et le début d'une ère nouvelle, celle de l'Amérique moderne et industrielle. A sa sortie, il faisait écho aux tourment du XXe siècle. Aujourd'hui, dans une période elle aussi marquée par l'épuisement d'une civilisation et l'aube d'un nouveau monde, il trouve une nouvelle résonance. Entre les anciens et les modernes, le débat fait rage. Les premiers veulent s'appuyer sur un passé, parfois idéalisé, pour construire le présent et préparer le futur. Les seconds font table rase et se débarrassent du monde ancien. Pour eux, les statues et les mythes, comme les classiques de l'âge d'or et les rêves seront, c'est inéluctable, emportés par le vent".

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                      Notre lamentable ministre de l'Intérieur, Christophe Castener, a t-il lu ce roman ou vu le film? Il est permis d'en douter.....Il préfère lâcher ses troupes au lieu de réaffirmer les valeurs de la République et faire acte de vérité, voire les accabler, et inventer un nouveau critère de jugement : "le soupçon avéré" ..... qui assurément fera jurisprudence !

                   " Nos "élites" (!) bien pensantes et dirigeantes seraient bien inspirées, non pas de mettre un genou à terre au nom d'une repentance honteuse, mais de se rappeler que leur première obligation est de SERVIR L'ETAT". Jean-Eric SCHOETTL


"Si la connerie n'est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille."
                      Michel AUDIARD     (Un singe en hiver)