lundi 4 mars 2019

CONCERT : Camille SAINT-SAËNS, André CAPLET, Lili BOULANGER





" Après la parole de Dieu, le noble art de la musique est le plus grand trésor au monde."

             Jean Sébastien BACH


     
               La chorale Ensemble Vocal Renaissance donnera un unique concert le jeudi 28 mars prochain à la cathédrale Notre Dame du Havre.


            Construit autour du poème biblique Le Déluge oratorio de Camille Saint-Saëns, le programme de ce concert nous invite à une plongée dans le flot de la musique vocale française de la fin du XIXe et du début du XX siècle. Avec ces œuvres rares, parfois inédites, de compositeurs tels que André Caplet et Lili Boulanger qui incarnent le « style français » et plus particulièrement l’esthétique propre aux canons du Prix de Rome : clarté, élégance, raffinement mais aussi souffle lyrique, puissance évocatrice dans la tradition de notre romantique français Hector Berlioz.


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André CAPLET (1878-1925)



          « Ce Caplet est un artiste. Il sait trouver l’atmosphère sonore et, avec une jolie sensibilité a le sens des proportions ce qui est plus rare qu’on ne le croit, à notre époque de musique bâclée » disait Debussy de son ami Caplet, lauréat du Prix de Rome en 1901.

           Né au Havre, André Caplet a reçu dès son plus jeune âge une solide éducation musicale tout d’abord à l’école de musique du Havre puis, encouragé par ses professeurs qui détectent en lui « une belle et forte nature musicale » au Conservatoire de cette même ville où il fût élève d’Henri Woollett qui le considérait comme son « fils artistique » et enfin au Conservatoire de Paris où il obtint un premier Prix en 1897.

           Ami et collaborateur de Debussy, il fût un acteur de tout premier plan dans la vie musicale du début du XXe siècle, reconnu internationalement pour ses qualités de chef d’orchestre et de compositeur. Étonnamment, ce sont les œuvres vocales religieuses qui, par la sincérité et la modernité de l’expression, ont contribué, plus d’un demi-siècle après sa mort, à la redécouverte de son talent de compositeur puis à entretenir sa notoriété : Le Miroir de Jésus, la Messe à 3 voix et Les Prières.En revanche, les rares œuvres chorales de Caplet pour chœur mixte et orchestre sont des œuvres de jeunesse dans la tradition française dans lesquelles on trouve déjà les qualités qui définiront l’esprit de sa musique : riche palette sonore de l’orchestre, attirance pour les sonorités aériennes, inspirations poétiques. Il a aimé la voix humaine par-dessus tout et a plus écrit pour celle-ci que pour les instruments. La qualité de l’écriture de ses œuvres mélodiques, dont le traitement des timbres dénote un profond désir de recherche, témoigne de son amour inconditionnel de cette expression musicale.

              Eté, composé en 1899, est une pièce chatoyante et lyrique qui exalte avec ardeur le poème de Victor Hugo
   
              Spectacle Rassurant, composé en 1901, est inspiré d’un poème du recueil Les Rayons et les Ombres de Victor Hugo. Cet hymne radieux à la nature étonnera par la puissance de son expression et la modernité de l’orchestration.
Afin de faire rayonner ces deux œuvres chorales du compositeur havrais, un accompagnement pour piano à quatre mains a été demandé à Gilles Treille par l’association Choralies Normandie. La première mondiale a eu lieu au Havre le 1er avril 2017.

              Pâques Citadines, composées un an auparavant sont inspirées d’un texte poétique d’inspiration chrétienne relatant le retour des cloches le jour de Pâques, symbole du renouveau et de la résurrection. Cette œuvre montre à l’évidence l’attirance de Caplet dans ses premières années pour l’impressionnisme.

              Les Prières, mélodies pour chant et piano, sont trois magnifiques pièces dédiées aux soldats morts pour la Patrie (1914-1917). Écrites en forme de cri d’espoir elles sont révélatrices de l’inébranlable foi catholique qui animera André Caplet tout au long de sa vie, jusqu’à le mener au mysticisme, et de son ardent souci de salut éternel.  



                       
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Lili BOULANGER (1893-1918)



               La carrière de Lili Boulanger, première femme à recevoir le Grand Prix de Rome (1913) fût aussi courte que brillante. Prématurément disparue à 25 ans, elle nous a légué une œuvre profonde, émouvante, tendre, pleine de ferveur lumineuse et de spiritualité. Celle-ci a transformé sa souffrance en une pure et bouleversante beauté que l’on retrouve dans sa musique, manifestation de génie à l’état pur, exprimant une vie spirituelle d’une grande richesse.

                 Quelle meilleure définition de l’écriture musicale de Lili Boulanger que celle donnée par le compositeur et musicologue, Louis Vuillemin, spécialiste reconnu de la musique française du début du XXe siècle, qui en 1921 la décrivait en ces termes : « Une sensibilité aiguë et prodigieusement humaine servie dans son expression par la gamme complète des dons naturels depuis la grâce, la couleur, le charme et la subtilité jusqu’au lyrisme ailé, jusqu’à la force claire, aisée et profonde. De telles vertus si rarement assemblées au bénéfice d’un seul tempérament créateur ».


                                                                        
                    Pour les funérailles d’un soldat, écrites en 1913 à l’orée de la première guerre mondiale, est une œuvre ombrageuse et puissante, marche funèbre âpre et solennelle qui sonne comme un drame en miniature. La musique de Lili Boulanger sur l’hymne médiéval du Dies Irae et le poème d’Alfred de Musset se marient à merveille. C’est grave, puissant et en même temps magnifique. Cette poignante partition, évoquant au travers d’un rituel funéraire sombre et formel la misère humaine, sera interprétée ce soir dans sa version piano, faisant alors résonner dans toutes les directions au-dessus de celui-ci la sombre clé du si bémol mineur.

                              
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Camille SAINT-SAËNS (1835-1921)




             « Il est possible d’être aussi bon musicien que Saint-Saëns, il est impossible de l’être plus » disait Franz Liszt de son ami. Homme de grande sensibilité et d’une bonté hors de pair, Camille Saint-Saëns défendait une certaine tradition française d’élégance, d’équilibre et de clarté. Il n’hésitait pas à proclamer sa doctrine de l’art pour l’art lui qui disait « faire du théâtre » en écrivant ses œuvres dramatiques. Son œuvre chorale, considérable, en fait le premier héritier français d’Hector Berlioz et de Franz Liszt.
Saint-Saëns, doué d’une grande facilité de composition, écrit de la musique logiquement ordonnée, fortement conçue, clairement déduite et foncièrement classique. Sa beauté réside dans la ligne mélodique, l’enchaînement des harmonies, le choix des rythmes.

               Le Déluge, poème biblique pour solistes, chœur et piano, composé en 1876, occupe une place brillante dans la lignée des grandes fresques chorales françaises du XIXe siècle dont Berlioz fut l’initiateur. Les œuvres chorales à sujet religieux convenaient alors au repli général de la société de l’époque, après la guerre de 1870, désireuse d’oublier la défaite et d’effacer la frivolité de l’Empire. A l’origine de cet oratorio, cette phrase étonnante de la Genèse dans l’Ancien Testament : « Et Dieu se repentit d’avoir créé le monde » qui servira de trame à un drame symphonique en trois parties reprenant ou paraphrasant le texte biblique : Corruption de l’Homme et colère de Dieu (1ière partie), L’Arche de Noé et le Déluge (2ième partie), La Colombe et la bénédiction de Dieu (3ième partie).

               Saint-Saëns était sensible aux couleurs brutales, aux évocations âpres de l’Ancien Testament. Le thème fugué de la 1ière partie du Déluge qui évoque la colère de Dieu (« Car ces hommes que je maudis, se sont détournés de ma face et m’outragent de leurs défis ») en est une terrifiante illustration qui ne peut laisser l’auditeur indifférent ; il en est de même, dans la 2ième partie, du puissant unisson du chœur  (« Et les eaux du déluge envahirent la terre…, se heurtèrent les flots et les vents furieux ») et du chromatisme ascendant du piano illustrant la montée des eaux, et enfin de la fugue grandiose de la 3ième partie (« Croissez donc et multipliez ») qui conclut à la manière de Haendel cette œuvre audacieuse.

                    
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                    Ce concert donné en la cathédrale Notre-Dame du Havre illustre à merveille cette affirmation de Saint-Saëns selon laquelle « En art il faut du talent, il faut du style ; et où le grand style se réfugiera-t-il, si ce n’est dans l’Eglise, où les applaudissements, les succès, ces misères de l’art, n’existent pas » !!
       






" Cette beauté qui éduque le regard et élève l'esprit, qui donne de la grâce à une personne comme à un pays qui sait tenir son rang."

                        François d'ORCIVAL






jeudi 14 février 2019

PARENT 1 , PARENT 2




 " Lorsque la bêtise atteint de tels sommets, elle est inattaquable."

                                     André LAURENDEAU


                   Honte à tous ces "progressistes du nouveau monde (!)" dont le seul objectif est la destruction de la cellule familiale, en dehors, bien sur, de la satisfaction de leur ego. Pauvres enfants, pauvres papas, pauvres mamans .......


" Il n'y a pas de pire péché contre l'esprit que de donner mauvaise conscience à celui qui dit la vérité."

                                         Jean ROSTAND 




mercredi 13 février 2019

XV DE FRANCE : DESCENTE AUX ENFERS




  "Sur un terrain, il y a ceux qui jouent du piano et ceux qui les déménagent."

                                           Pierre DANOS


                      La dernière défaite face à l'Angleterre du XV de France, humiliante mais prévisible, n'est qu'une énième étape de la véritable descente aux enfers d'une équipe qui en l'espace de deux décennies a perdu son âme, sa vitesse et sa virtuosité qui faisaient sa force dans ce monde très exigeant du rugby mondial et notamment anglo-saxon. Fini le fameux "french flair" loué même par nos pires ennemis les anglais ! La spontanéité et le génie de l'attaque de notre cavalerie légère inspirée par le jeu flamboyant des frères Boniface ont été remplacés par des charges aveugles et obstinées de "bestiaux bas du front" à l'image d'un Mathieu Bastareaud qui pourrait espérer de meilleurs résultats en haltérophilie. Comme disait Pierre Albaladejo : "Les mouches ont changé d'ânes."......

                      Ce pauvre garçon, bombardé vice-capitaine de l'équipe de France !..., connait-il même le légendaire Jean Prat, surnommé avec respect et admiration par nos "amis" anglais, Monsieur Rugby, qui, à quelques minutes d'une victoire historique contre le XV de la Rose, disait à ses équipiers épuisés : " Ces britanniques vous ont emmerdés pendant cent ans, vous pouvez bien tenir encore cinq minutes !".... ? On peut en douter.





                    La musculation à outrance est devenue la seule "stratégie" de jeu du rugby français; la technique individuelle n'est plus travaillée et le rentre-dedans stérile est privilégié au détriment de l'évitement, pourtant la base de ce superbe sport : " Aujourd'hui, le rugby tamponne beaucoup, on voit surtout des collisions entre costauds, alors que le jeu d'antan avait ses ogres et ses lutins." (Philippe Delerm).

     


                 Les maîtres de ce sport, les Néo-Zélandais, suivis par les britanniques et les Sud-Africains, l'ont bien compris qui privilégient depuis de nombreuses années la vitesse et l'attaque à tout va avec des joueurs endurants et techniques. Qui donc osera taper du poing sur la table à la Fédération Française de Rugby et virer Guy Laporte et sa bande qui ont transformé les joueurs en brutes épaisses, techniquement nuls et sans aucune intelligence de jeu? Au moins deux générations de joueurs ont ainsi été sacrifiées sur l'autel d'une soi-disant efficacité rendant un retour aux sources premières du rugby très problématique et certainement pas avant de très nombreuses années.

" Personne ne vous oblige à jouer au rugby. Mais si vous le faîtes, ça ne doit pas être à moitié. Car le rugby est un supplément à la vie."

                               André BONIFACE 





                      Qu'il est loin le temps où les avants du XV de France conquérant offraient à nos trois-quarts, brigade légère et inspirée que le monde entier de l'ovalie nous enviait, des ballons d'attaque qu'ils transformaient en essais d'anthologie !! Alors rêvons un peu et rappelons nous de ces joueurs qui ont rempli de joie des générations de fous de rugby :

                            Amédée Domenech, "Le Duc"; Alfred Roques, "Le Pépé du Quercy"; Pierre Albaladejo, Monsieur Drop; Benoît Dauga, Le Grand Ferré; Jean Gachassin, Peter Pan; Pierre Lacaze, Papillon; Michel Crauste, Le Mongol; Jean Prat, Monsieur Rugby; Arnaud Marquesuzaa, Le Bison; Didier Codorniou, Le Petit Prince; André et Guy Boniface, Les Boni; Jean Dupuy, Pipiou; Claude Dourthe, Le Chameau; Michel Vannier, Brin d'osier; Lucien Mias, Monsieur Pack; Jean-Pierre Rives, Casque d'or; .....Nostalgie, nostalgie.....




 Tout espoir de renouveau n'est peut-être pas perdu, Pierre BERBIZIER ne disait-il pas :

" Si la victoire vous rend c.., on devient plus intelligent dans la défaite."

   Avec 24 défaites pour les 34 derniers matches disputés la lumière va bien finir par réapparaître .....





    

dimanche 20 janvier 2019

DÉBAT NATIONAL : JALOUSIE, ENVIE, CONFIANCE




" La jalousie est le désir de s'approprier le bien d'autrui. L'envie est bien plus perverse : elle réclame la destruction du bien ou de l'avantage d'autrui car il blesse l'ego de celui qui ne l'a pas."

                Jean-Philippe VINCENT

                           Le grand débat national que vient d'organiser, contraint et forcé, Emmanuel Macron faute de n'avoir pas écouté le peuple (répéter "j'entends" à longueur de discours ne suffit pas...) et réagi à temps face à cette "fronde économique" astucieusement organisée par les réseaux sociaux et relayée par les médias en mal d'audience, va vraisemblablement aboutir à des décisions plus démagogiques les unes que les autres ( le fameux "faire payer les riches !"...) qui vont augmenter encore la dette du pays (2300 Md d'euros, 100% du PIB.....), faire fuir les investisseurs et dresser encore un peu plus les Français les uns contre les autres. Bref tout le contraire de ce qu'il faudrait faire pour redresser notre pauvre France : Bravo l'artiste !! 

              Jean-Philippe Vincent analyse avec pertinence les ressorts de ce désastre en préparation: envie et jalousie d'une part, perte de confiance d'autre part.


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Réf : Le Figaro 19 janvier 2019  "Débats"  J-Ph. Vincent  




                                 "Lorsque l'on examine de près le «programme» des «gilets jaunes» on ne peut qu'être frappé par la place que l'envie y tient. Car il ne s'agit pas tant de protéger les «petits» que de rabaisser les «gros» (l'idée d'un plafond de revenu de 15.000 euros en témoigne) et, en définitive de les humilier. C'est l'envie des supposés «petits» contre les «gros» ou prétendus tels.

                         Cette haine envieuse n'est pas chose neuve en France. Qu'on se rappelle les mythes des «deux cents familles» et aussi celui du «mur d'argent» analysés naguère par Pierre Birnbaum. Qu'on se souvienne, il y a plus longtemps, du déferlement d'envie qui caractérisera, par exemple, les journées révolutionnaires de juin 1848 et l'analyse psychologique qu'en fit Tocqueville. Il en donna alors de nombreux exemples, en particulier la fureur envieuse de son portier qui parlait ni plus ni moins que de l'abattre. Par bonheur, Tocqueville dépeignit aussi son valet Eugène, immunisé contre la folie envieuse: «Toujours très content de lui-même et assez d'autrui, il ne convoitait d'ordinaire que ce qui était à sa portée et atteignait à peu près, ou croyait atteindre, tout ce qu'il convoitait, suivant ainsi, à son insu, les préceptes que les philosophes donnent et ne suivent guère.



                         Mais la passion envieuse de toujours a pris, avec les «gilets jaunes», une ampleur vraiment inédite. La preuve en est qu'au bout de semaines de manifestations et de saccages, ils continuent de bénéficier du soutien de beaucoup de Français. Naturellement, la passion de l'envie n'est pas l'unique raison de l'assentiment qui entoure souvent les «gilets jaunes». Certaines de leurs revendications peuvent paraître légitimes. Mais l'envie demeure ancrée dans le cœur de beaucoup de nos concitoyens. Pour le malheur de notre pays.


                         L'envie est en effet une passion triste, mortifère, destructrice, jamais satisfaite. Comme l'a montré un des pères de l'Église latine, Cyprien de Carthage (200-258) dans son traité La Jalousie et l'envie, ces deux termes ne se confondent pas. La jalousie est le désir de s'approprier le bien d'autrui pour en bénéficier. L'envie est bien plus perverse: elle réclame la destruction du bien ou de l'avantage d'autrui car il blesse l'ego de celui qui ne l'a pas. L'envie est donc une passion totalement négative et destructrice. Envier, c'est regarder de travers (in-videre), c'est littéralement jeter le mauvais œil sur l'autre, comme l'a montré Helmut Schoeck dans son livre L'Envie. Une histoire du mal. L'envie c'est certes l'attitude de l'homme qui voit avec jalousie les succès de l'autre, même lorsque ceux-ci n'ont pas pour lui de conséquences désagréables et qui en ressent un sentiment d'infériorité et d'humiliation. Mais c'est plus que ça: c'est souhaiter, vouloir désirer la destruction, l'anéantissement du bien ou de l'avantage de l'autre, même si on a aucune chance d'en bénéficier. C'est, en définitive, vouloir la diminution du bien d'autrui au motif que le bien de l'autre représente un échec du désir ou une diminution de l'être. Il n'est pas étonnant que certains «gilets jaunes» détruisent tant: ils assouvissent ainsi leur passion envieuse.




                           Le problème, et il est sérieux, est que l'envie généralisée est incompatible avec le bien commun et la confiance qui en est le fruit ou la manifestation. L'envie généralisée, en effet, rend impossible la définition d'un bien commun et ne permet pas de souder les individus autour d'un projet partagé. Les trois composantes du bien commun sont connues: la paix, la justice et l'amitié. L'envie est une guerre des envieux contre tous ceux qui ne le sont pas ; l'envie est également une sorte de vengeance privée - les déprédations auxquelles se livrent les «gilets jaunes» en témoignent ; le sentiment envieux, enfin, est radicalement contraire à l'amitié civile si nécessaire à l'épanouissement de la confiance. Il ne fait donc guère de doute que la montée des sentiments envieux est une des causes principales de l'émergence d'une société de défiance comme l'est devenue la France.   

                         Alors, comment rebâtir la confiance, comment restaurer ce que l'envie a détruit? Les économistes spécialistes de la confiance, notamment Jean Tirole, ont montré par exemple tout le parti qu'une entreprise pouvait tirer de la confiance ou de la réputation. Une entreprise est en effet un nœud de contrats: entre le management, les actionnaires, les salariés, les fournisseurs et les clients. Si l'entreprise parvient à développer une bonne réputation, une vraie confiance entre les différents cocontractants, alors les coûts diminueront et les transactions seront plus faciles et plus nombreuses. Pour les entreprises, la confiance est un capital précieux et même indispensable. Pourquoi ne pas s'inspirer, pour retrouver la confiance en société, des bonnes pratiques de certaines entreprises?

                             Quant à l'État, il gagnerait fort à s'inspirer des travaux sur l'incohérence des politiques publiques de deux prix Nobel d'économie, Finn Kydland et Edward Prescott. Ces derniers ont montré que les pouvoirs publics sont souvent tentés de renier leurs promesses pour obtenir des résultats jugés optimaux. Par exemple, on accordera un avantage fiscal pour favoriser telle forme d'épargne ou tel type d'investissement ; puis, une fois de premiers résultats obtenus, on supprimera arbitrairement cet avantage parce qu'on estime que l'argent public serait mieux employé ailleurs. Mais, en agissant de cette sorte, les pouvoirs publics ruinent la confiance que les épargnants et les investisseurs pouvaient leur accorder. Et ce discrédit est la plupart du temps durable. L'action publique, hélas, est souvent une longue histoire de promesses reniées. Au bout du compte la perte de confiance qui en résulte finit par coûter très cher. Pour l'État, la seule façon de recréer la confiance consiste alors à se lier par des règles et à les respecter coûte que coûte.

                               Ce ne sont que deux pistes économiques pour recréer un peu de confiance dans la société française. Mais, à l'heure des «gilets jaunes» et de l'envie généralisée, il en faudra d'autres. Sortir de l'envie et renouer avec la confiance, voilà qui mériterait un grand débat national".

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          Ce débat national pourrait conduire à un désastre national si l'autorité de l'Etat n'est pas restaurée rapidement. A commencer à l'Elysée, véritable pétaudière où petits marquis et petites frappes semblent y faire la pluie et le beau temps.

          Emmanuel Macron serait bien inspiré de relire le testament de Louis XVI qui recommande à son fils qu' "il ne peut faire le bonheur des peuples qu'en régnant suivant les lois." ...."Mais en même temps qu'un roi ne peut les faire respecter, et faire le bien qui est dans son cœur, qu'autant qu'il a l'autorité."   ( Edouard TETREAU, Le Figaro 10 janvier 2019)






    "N'inspirant point du respect, le souverain est plus nuisible qu'utile".

                               LOUIS XVI

samedi 19 janvier 2019

BENALLA : ASSEZ !





               "On est toujours l'imbécile de quelqu'un".

                        Henry de MONTHERLANT


                    Monsieur MACRON, vous qui avez osé dire:  "il n'y a pas de culture française" (!), demandez à votre professeur de théâtre, Madame Brigitte, de vous lire cette célèbre réplique de La Reine Morte de Montherlant : "En prison pour médiocrité!" et appliquez la derechef à votre ancien sbire Alexandre Benalla, petite gouape au service de sa majesté. Cette lamentable histoire n'a que trop duré et ternit encore un peu plus, si tant est que cela soit encore possible, l'image de notre pauvre V ièm République de plus en plus bananière.....  


" On ne juge pas d'une ville par ses égouts, et d'une maison par ses latrines".

                         CHAMFORT



mercredi 9 janvier 2019

GILETS JAUNES : IL FAUT LIRE JULLIARD !



" Malheur au pays dont le roi est un enfant et dont les princes festoient dès le matin".

                  ECCLÉSIASTE


                            La prise de position de Jacques JULLIARD remet avec pertinence et fermeté "l'église au milieu du village". C'est un peu de hauteur et d'air frais dans ce misérable feuilleton tragico-comique qui inonde depuis huit semaines, jour après jour, heure après heure le samedi, les chaines de télévisions, les stations de radio et les pages des quotidiens.

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Des "gilets jaunes" à la sortie de l'histoire?


       (Jacques Julliard, Le Figaro, 7 janvier 2019)



                         " Les «gilets jaunes» demandent qu'on les prenne au sérieux. Il serait donc grand temps de les traiter en adultes, et non en enfants gâtés, à qui l'on passe tout pour les avoir trop longtemps négligés et traités par le mépris. Et de les soumettre à quelques règles élémentaires qui relèvent du rationalisme cartésien autant que de la physique sociale.


Si vous ne savez pas ce que vous voulez, vous ne l'aurez sûrement pas


             On ne peut tout vouloir et son contraire. Tomber à bras raccourcis sur l'État, tout en lui demandant de régler à notre place toutes les questions qui se posent, c'est se moquer du monde. Réclamer le premier jour la suppression de la taxe carbone sur les carburants, le deuxième l'augmentation générale des revenus, le troisième la démission du gouvernement, le quatrième celle du président, le cinquième la réforme de la Constitution et ainsi de suite, relève de la confusion mentale.

             Alors, disons-le clairement: faute d'un minimum de cohérence, ce grand mouvement social suit inexorablement une pente antisociale. Le poujadisme antifiscal qui l'anime a pour conséquence inévitable ce qu'on appelle noblement la réduction du train de vie de l'État, c'est-à-dire en réalité l'amoindrissement de la protection sociale dont jouissent tous les Français. En dépit de son coût, elle demeure la meilleure et la plus enviable au monde.

             Des trois groupes sociaux en partie confondus, mais aussi en partie distincts qui composent les classes populaires, ouvriers et employés, immigrés, classes moyennes inférieures, ce sont ces dernières qui sont les moins organisées. C'est pourquoi leurs mots d'ordre sont erratiques. Demander le relèvement du smic alors que la majorité d'entre elles ne dépendent pas du smic en est la preuve. Réclamer la réduction des impôts alors que la plupart n'en payent pas en est une autre.


Ne confondons pas petite bourgeoisie prolétarisée et prolétariat empetitbourgeoisé


              Même si entre eux la marge de recouvrement va s'élargissant, à mesure que les classes moyennes non salariées sont soumises au rouleau compresseur de la mondialisation. Le revenu nominal d'un grand nombre d'agriculteurs est aujourd'hui très inférieur à celui d'un ouvrier qualifié de la grande industrie. En outre, l'imaginaire social des uns et des autres demeure différent. Celui des ouvriers, des employés, voire des cadres de l'industrie demeure «socialiste», en ce sens qu'il attend des lois sociales fondées sur la solidarité et la redistribution une amélioration de leur condition ; celui des classes moyennes inférieures reste individualiste ; c'est sur l'initiative personnelle qu'il fonde ses espoirs en une société meilleure.

               C'est déjà sur cette opposition que reposaient jadis, au début du XXe siècle, les grandes joutes oratoires de Jean Jaurès et Georges Clemenceau. Ce sont deux visions de l'articulation entre les groupes sociaux et leur rapport à l'État qui se mesuraient. Contrairement à ce que l'on prévoyait généralement à l'époque, c'est celle du leader radical qui l'a emporté. Il dénonçait le risque d'embrigadement et d'autoritarisme inhérent au système collectiviste. Et de fait, le socialisme n'a pas survécu à sa bureaucratisation. Le modèle français, qui combine une vision individualiste de la production avec une vision solidariste des conditions d'existence, est une espèce de chef-d'œuvre en péril qu'on devrait regarder à deux fois avant d'entreprendre de la démolir.
Enfin, ce n'est pas seulement par leur imaginaire, mais aussi par leur tératologie que les deux modèles diffèrent.

                  Pour le dire de façon abrupte, la perversion propre au mouvement ouvrier, la ligne de pente fatale à la révolution ouvrière se nomme le stalinisme ; celle de l'insurrectionnalisme petit-bourgeois, c'est le fascisme. Je vais à dessein aux mots les plus forts afin de conjurer de grands malheurs. Quand j'entends dire qu'une dame âgée a été importunée et insultée dans le métro parisien, alors qu'elle évoquait le passé de sa famille survivante d'Auschwitz, j'éprouve instinctivement un malaise profond, comme si la libération du mouvement avait ouvert certaines digues. Et comment ne pas être étonné de l'absence à peu près totale des immigrés et des étrangers dans les cortèges des «gilets jaunes»? Seraient-ils tous exempts de la misère que l'on entend dénoncer sur les ronds-points?

                   Enfin, parlons du «RIC», le «référendum d'initiative citoyenne» qui n'a pas mis 24 heures à s'imposer dans toute la France, au sein d'un mouvement où la spontanéité est censée s'imposer en maîtresse… Je suis depuis longtemps favorable à ce type de référendum, mais je m'étonne d'une telle traînée de poudre. Et quand, questionné sur un sujet possible pour un premier référendum, un porte-parole des «gilets jaunes» répond, sans hésiter, comme allant de soi: «la sortie de l'Europe», alors le Petit Chaperon rouge que je suis trouve tout à coup que grand-mère «gilet jaune» a de bien grandes dents. Tout cela fait beaucoup: une France sans ses Juifs, sans les immigrés, séparée de ses voisins… Ne croirait-on voir se reconstituer comme par miracle une version vulgarisée et renouvelée des quatre éléments de l'anti-France dénoncés par Maurras? Oui, il y a dans ce mouvement quelque chose de «la France seule» de Charles Maurras qui ne laisse pas de m'inquiéter.
Ce n'est pas la présence de quelques drapeaux tricolores dans les manifestants qui compensera à mes yeux le saccage de l'Arc de triomphe, ce symbole de la France républicaine.

              Ce n'est pas non plus la présence éructante de haine de quelques spécimens de l'extrême gauche, comme le citoyen Ruffin, qui me rassurera davantage. Sur la pente glissante vers la droite autoritaire, propre à certains mouvements de classes moyennes, il se trouve toujours quelques bouffons gauchistes pour donner le change. Ces aventuriers en pleine dérive intellectuelle, je les compare à ces goujats qui durant la guerre de Trente Ans rôdaient sur le champ de bataille pour détrousser les cadavres au milieu des gémissements des mourants.

              On attend de Jean-Luc Mélenchon, s'il a conservé quelque chose de l'esprit républicain que l'on a jadis apprécié chez lui, qu'il fasse le ménage du côté des soldats perdus de l'Insoumission.

Résumons

             Ce mouvement, d'un bout à l'autre, a un symbole, ou mieux que cela, un totem: la voiture. Déclenché par l'introduction d'une taxe écologiste sur les carburants, il s'est nourri de toutes les mesures prises pour sauver des vies et préserver l'environnement: le 80 kilomètres à l'heure, le contrôle technique sur les véhicules diesels ; il s'est traduit par la destruction des barrières de péage, la mise hors service de plus de la moitié des radars existant en France: «Et s'il me plaît de risquer ma vie et celle de mes semblables, nous sommes en démocratie, non?»

             Combien de morts ces nouveaux beaufs auront-ils sur la conscience? Le Français est un Italien de mauvaise humeur qui appuie sur le champignon. C'est pourquoi les passions développées par ce conflit social sont à l'unisson de ce grondement automobile, tenu pour l'expression suprême de la liberté. On a vu surgir des formes très basses de la haine sociale, comme certains propos ignobles sur Brigitte Macron, ou encore des simulacres de guillotinade contre son époux, que pour ma part je ne trouve pas «bon enfant», mais obscènes. On a beau singer la Révolution, on est plus proche des immondices d'Hébert et de son Père Duchêne que du noble idéalisme de Camille Desmoulins. Rien à voir non plus avec la joie de juin 36, célébrée par Simone Weil, ni avec l'humour de Mai 68. Un mouvement social triste est un triste mouvement social.

              Pourtant celui que nous venons de vivre, et qui n'est du reste pas terminé, comporte avec celui d'il y a tout juste cinquante ans un point commun qui est peut-être l'essentiel: le besoin de parler et celui d'être entendu. J'ai interrogé autour de moi, dans mon midi d'adoption, plusieurs personnes proches, qui à ma grande surprise avaient été «gilets jaunes» au début du mouvement, mais qui l'avaient quitté pour les raisons indiquées plus haut. Plus que le contenu des revendications, qui a varié selon les lieux et les moments, le point décisif a été le besoin de prendre la parole. Le pays qui à l'âge classique a inventé l'art de la conversation n'a toujours pas trouvé celui du dialogue social. Je n'en suis pas surpris. Pour avoir depuis des années soutenu sans discontinuer le point de vue d'analystes comme Christophe Guilleri, Jean-Claude Michéa ou Laurent Bouvet qui avaient parfaitement compris, à la différence de la gauche officielle, qu'était en train de se constituer, dans les profondeurs de la population, et notamment dans la France périphérique, un ressentiment des humiliés et des offensés face à la mondialisation, je ne peux que comprendre cette frustration et m'en sentir solidaire. Les belles personnes de la gauche politiquement correcte, transformées en prédicateurs du dimanche, promptes à accuser de conservatisme, voire de racisme quiconque pourrait prétendre que la France, à l'instar des autres peuples, a droit à une identité, portent une lourde responsabilité dans le désarroi actuel des Français, dont le mouvement des «gilets jaunes» n'est jamais qu'une illustration, en en attendant peut-être d'autres.

               Le problème est que les Français ne se sentent pas représentés par leurs représentants, qu'il s'agisse de la classe politique, de la classe médiatique et journalistique, de celle des intellectuels, de la haute administration. Ce sentiment n'est pas propre à la France ; il s'exprime de façon variée à travers l'Europe et le reste du monde par le populisme. Désormais, prétendre limiter la démocratie au principe représentatif, c'est vouloir sa mort. Voilà, au-delà de la diversité sociale qu'elle exprime, la nature profonde du mouvement des «gilets jaunes». Si l'on ne répond pas à ce besoin, si la France s'abîme dans une guérilla interne qui deviendra vite stérile, c'est sa place dans le monde qui se trouvera compromise.

Allons-nous sortir de l'Histoire?

                Toute la question est désormais d'empêcher que le déclin du système représentatif ne se fasse au détriment de la démocratie proprement dite, et encore que la ressaisie de l'identité de la France ne s'opère au détriment de sa vocation internationale.

               Il n'y a rien de plus inconstant, de plus aléatoire que la démocratie directe. D'abord parce qu'elle est facilement manipulable. Nous avons vu en 1968 quelques activistes habilement placés aux quatre coins des assemblées générales faire adopter par celles-ci à peu près ce qu'ils voulaient. C'est très bien de donner la parole au peuple, mais est-on sûr qu'une fois l'effet de nouveauté passé, il daignera la prendre? Dans un pays où le taux d'abstention aux élections ne cesse de croître, notamment dans les milieux populaires, est-on certain que des référendums à répétition n'aboutiraient pas à la lassitude, et par conséquent à la tyrannie des minorités agissantes?

               Et surtout, on voit se profiler derrière ce Mai 68 des classes moyennes une grande tentation de repli de la France sur elle-même. Il y avait au moins un point commun entre la vision de François Hollande et celle d'Emmanuel Macron: la volonté, au demeurant très gaullienne, que la France tienne son rang. En Afrique. Au Moyen-Orient. Sur la scène internationale. Macron a très bien compris que sans une présence active sur la scène européenne et une réactivation de l'axe franco-allemand, la France était condamnée au déclin. Le souverainisme, avec toutes ses rodomontades, n'est que le nom pompeux de notre impuissance. Le président français n'a été servi ni par la conjoncture mondiale, ni par Donald Trump, qui se comporte chaque jour un peu plus comme l'ennemi déclaré des anciens alliés de l'Amérique, ni par l'extrême prudence d'Angela Merkel, du reste en perte de vitesse dans son propre pays.

              Ne nous berçons pas d'illusions: la crise des «gilets jaunes» a cassé net ce qu'il y avait de plus positif et de plus prometteur dans la démarche d'Emmanuel Macron: la volonté, devant la dérobade américaine, de prendre la tête d'une Europe indépendante. D'où la jubilation non dissimulée, la Schadenfreude (joie mauvaise) de tous les vieux croûtons du nationalisme, les Marine Le Pen, Dupont-Aignan, Philippot à droite, les Mélenchon et consorts à gauche. Ne nous laissons pas faire par ces oiseaux de malheur, ces nostalgiques de toutes les haines recuites du passé, ces vieux caleçons du nationalisme de jadis. Les Français, qui ont pris l'habitude de faire de leur Europe leur souffre-douleur quand tout va mal, savent pourtant intimement que chacun d'eux est lié à la France tout entière, et qu'à son tour l'avenir de cette dernière est indissolublement lié à celui de l'Europe. Le Franxit ne passera pas! Les Français ne lâcheront pas l'euro pour l'ombre, à la façon des Anglais. Nous devons tenir bon. Chaque nation, comme le pensait Berdiaeff, a une vocation propre à la surface de la terre. La nôtre est d'unir, non de diviser. Nous ne devons pas faire défaut à notre vocation propre, sous peine de perdre, avec nos chances d'avenir, le respect de nous-mêmes".

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                         Il est à craindre que cette réflexion de haute tenue passe au-dessus des "bas du front" qui constituent hélas maintenant la majorité des gilets jaunes encore en activité mais aussi des contempteurs de la "macronie" et de son télévangéliste Emmanuel. Et pourtant il est urgent pour notre pays de faire cesser cette mascarade qui a perdu toute crédibilité, n'en déplaise aux "vieux caleçons"(sic Jacques Julliard) nostalgiques des pseudos révolutions populaires.


" L'Etat: la grande fiction à travers laquelle tout le monde s'efforce de vivre au dépens de tout le monde."

                    Frédéric BASTIAT